Source: La Confédération des Juifs de France et des Amis d’Israël s’étonne, s’attriste et condamne la position de la L.I.C.R.A qui a franchi la ligne rouge en s’acoquinant avec le C.C.I.F (Collectif contre l’Islamophobie en France) afin de poursuivre l’honorable, respecté et éminent historien qu’est Georges Bensoussan.
Ce C.C.I.F est si peu fréquentable que Manuel Valls, ancien Premier Ministre, a cru devoir dénoncer, cette semaine encore, la proximité dangereuse de cette association avec les Frères Musulmans ainsi qu’avec Dieudonné, Soral et le site Panamza, site complotiste, négationniste et antisémite. Or, nul ne peut nier que Manuel Valls est parfaitement informé sur la question de par ses fonctions antérieures !
Certes, le Procureur, pour d’obscures raisons, a décidé de renvoyer Georges Bensoussan devant le Tribunal correctionnel alors même qu’il n’a pas jugé utile de le faire envers l’écrivain algérien, Smaïn Laacher, dont les propos, cités par Georges Bensoussan, sont à l’origine de la poursuite.
L’attitude du parquet est d’autant plus étonnante que le même parquet s’est refusé à poursuivre Stéphane Hessel, pour des propos autrement plus violents, sous le fallacieux prétexte que la personnalité de Stéphane Hessel, le protégeait de cette opprobre. Deux poids, deux mesures !!!
Nous ne reviendrons pas, ici, sur le fond de l’affaire, qui fera l’objet d’un article séparé, mais nous ne pouvons passer sous silence l’attitude de la L.I.C.R.A et plus précisément l’O.P.A, morale et éthique, qui a été opérée sur cette association depuis 2010.
Étrangement, toutes les associations plaignantes dans cette affaire ne sont que le pale reflet de leur ancienne grandeur.
L.D.H, M.R.A.P, SOS-RACISME et L.I.C.R.A ont, toutes, perdu leur éclat d’antan, et ce depuis des années !
Elles ne sont plus que la courroie de transmission de deux partis !
SOS-RACISME et L.IC.R.A pour l’un et L.D.H et M.R.AP pour l’autre ! La promesse d’un poste à la Mairie de Lyon ou d’ailleurs, au Conseil National de tel ou tel parti, fait taire toute crise de conscience et fait oublier toute prise de conscience ! C’est cela le consumérisme associatif !
Du coup, la concurrence est rude pour obtenir les faveurs du Prince . Ceci explique la montée en puissance de l’indécence de ses associations qui, pour la plupart d’entre elles, se sont battues, on peut même dire se sont acharnées pour empêcher la pénalisation, voulue par le gouvernement, des délits de diffamations ou injures racistes ! Ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui ces associations sont à des années lumières des valeurs qui les ont vu naître et qu’aujourd’hui le nombre de membres de ces associations ne dépasse guère celui des membres de leur bureau! Triste, infiniment triste !
Mais , pour revenir à ce qui nous tient à cœur, la L.I.C.R.A, notre chère L.I.C.R.A à laquelle nous étions si attachés depuis des années, voir des décennies, on lui doit une analyse toute particulière.
Lorsqu’en 2010, on devait adouber le successeur de Gaubert, nombre d’entre nous ont pensé que Jacubowicz était tout désigné au vu du travail qu’il avait assuré à la tête de la commission juridique dont il avait pris la responsabilité suite à la terrible épreuve subie par notre ami, Michel Zaoui ! Il nous avait assuré qu’il continuerait la politique combattive menée par son prédécesseur !
Hélas , trois fois hélas ! Mu par d’obscurs objectifs, il a commencé à annoncer qu’il voulait atténuer l’omniprésence du A de L.I.C.R.A ! Une de ses premières mesures fut de virer le B.N.V.C.A de ses locaux, puis de rayer la L.I.C.R.A de la liste des partenaires du B.N.V.C.A ! Cela donnait le ton !
Les procédures initiées et les articles publiés depuis allaient dévoiler lentement mais surement la dérive stratégique de cette association. Dans un des derniers « Droit de Vivre », une étude a été effectuée sur les associations anti-racistes avec des propos peu amènes sur le B.N.V.C.A, propos qui ne faisaient que souligner cette dérive !
Autre choc: l’affaire Ahmed Chekhab en juillet 2014 !
Rappelons les propos antisémites orduriers tenus par Ahmed Chekhab concernant son prédécesseur, Philippe Zittoun, : «Tu préfères te faire niquer par un Zittoun (Philippe Zittoun, son prédécesseur aux Sports, ndlr), tu préfères te faire niquer par un juif, plutôt que te faire aider par quelqu’un qui te ressemble?», ( propos rapportés par le quotidien LE PROGRES).
Alors la Licra avait pris acte, avec une célérité inhabituelle, des excuses d’Ahmed Chekhab, et avait considéré, avec une précipitation incompréhensible, « l’incident clos ».
Au vu du procès intenté aujourd’hui à Georges Bensoussan, il intéressant de rappeler les propos tenus alors par le Président Jacubowicz qui avait osé proclamer qu’ «Un incident fautif, ne suffit pas pour crier au loup et à l’antisémitisme». La LICRA s’était alors fourvoyée en adoubant monsieur Ahmed Chekhab comme « monsieur propre » de la lutte contre l’antisémitisme comme on pouvait le constater dans un communiqué où on pouvait lire: «La Licra, qui a concouru à la recherche d’une solution apaisée de cette pénible affaire, se félicite que le dialogue l’ait emporté sur les crispations et les conflits. À la recherche d’une sanction judiciaire, elle a préféré la mise en œuvre d’un projet ambitieux de lutte contre le racisme et l’antisémitisme. La Licra œuvrera comme partenaire privilégié à la réussite de la mission désormais dévolue à Ahmed Chekhad dans l’intérêt de tous les habitants de Vaulx-en-Velin et du « vivre ensemble » ».
On constatera avec tristesse la sélectivité de l’indignation de la L.I.C.R.A qui est beaucoup moins indulgente quand les «dérapages» antisémites émanent de l’extrême-droite que lorsque ceux-ci fusent de la gauche ou de l’extrême-gauche !
Il est à noter que la politique du «deux poids, deux mesures» semble donc la ligne politique actuelle de la Licra.
«Au vu de votre engagement politique vous serez blanchis ou voués aux gémonies de la vindicte populaire», telle semble être la devise de la L.I.C.R.A d’aujourd’hui !
Il est triste de constater que ce «deux poids, deux mesures» se traduit pour la L.I.C.R.A par une condamnation virulente d’un homme droit, intègre, juste et historien émérite qui, au pire, aurait mal énoncé les propos d’un écrivain algérien et la mansuétude envers un élu socialiste aux propos violemment et vulgairement antisémite ! A vous de juger !
Tout est dit ! Le point d’orgue de cette dérive est bel et bien atteint par cette procédure contre Georges Bensousssan !
Est-ce que la L.I.C.R.A avait besoin de trouver un «bouc émissaire juif» pour se faire une virginité auprès de ceux qui combattent «l’islamophobie» comme le C.C.I.F dont ont connait les positions ? C’est malheureusement ce qui appert de ce procès !
Pour notre part, nous tenons à rappeler que la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ne peut être un alibi de circonstance ou un ersatz d’une ambition politique mais une conviction profonde. Ce qui ne semble plus être le cas pour la L.I.C.R.A.
Ainsi, après les problèmes d’organisation et de transparence qui ont surgi lors de l’élection de la section parisienne de l’association, secousse qui a eu pour conséquence la démission de Gérard Unger, nous voilà aujourd’hui face à quelque chose de beaucoup plus grave: la dérive déontologique de la mission de l’association.
Ayant soutenu la candidature d’Alain Jakubowicz en 2010, je ne peux que profondément déplorer la dérive actuelle de l’action de la L.I.C.R.A qui s’aligne sur celle du M.R.A.P ou de la L.D.H en oubliant sa spécificité.
En conséquence, et dans les circonstances présentes, nous appelons tous les adhérents épris d’une véritable lutte contre l’antisémitisme, et notamment les adhérents juifs, à démissionner ou à se mettre en disponibilité jusqu’à retour à meilleure fortune pour l’association !
Décidément, la L.I.C.R.A a vécu !!!
Richard C. ABITBOL
Président
TEXTE DE ALAIN JAKUBOWICZ DANS LE
HUFFINGTON POST
Ce procès, vous le devez non pas à ceux qui ont dénoncé vos propos, mais au Procureur de la République, qui a décidé qu’ils méritaient d’être poursuivis et soumis à l’appréciation d’un tribunal.
Lettre ouverte à Georges Bensoussan et à ses soutiens.
« Monsieur,
Le samedi 10 octobre 2015, invité sur France Culture aux côtés de l’historien Patrick Weil dans l’émission Répliques animée par Alain Finkielkraut, vous déclariez :
Aujourd’hui nous sommes en présence d’un autre peuple qui se constitue au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés. (…). Il n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne se sera pas débarrassé de cet antisémitisme atavique qui est tu, comme un secret. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans le film qui passera sur France 3: « C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère.
Le 25 janvier prochain, vous serez jugé par la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « provocation à la haine raciale ».
Ce procès, vous le devez non pas à ceux qui ont dénoncé vos propos, mais au Procureur de la République, qui a décidé qu’ils méritaient d’être poursuivis et soumis à l’appréciation d’un tribunal.
A la veille de l’audience, je veux, en tant que président de la LICRA, vous dire les raisons de la légitime colère qui agite nombre de militants antiracistes.
Vous êtes historien. Ce n’est pas rien. Ce statut confère le devoir de tendre à l’objectivité du savoir, et pour reprendre les mots de Marc Bloch, de se mettre « à la poursuite du mensonge et de l’erreur ». Que vous le vouliez ou non, vous avez une responsabilité particulière. Vous concourez à la formation de l’opinion publique et de l’idée que chacun peut se faire des sujets sur lesquels vous portez votre regard. En condamnant sans distinction plusieurs millions de nos compatriotes à un antisémitisme viscéral, vous créez des dommages considérables, bien plus que toute autre personne, en raison de l’autorité scientifique depuis laquelle vous vous exprimez.
Vous êtes historien de la Shoah. J’entends beaucoup de vos défenseurs, de bonne foi, nous dire que tout dans l’âme de votre recherche scientifique est aux antipodes du racisme et que votre investissement au sein du Mémorial de la Shoah devrait vous exonérer de toute forme de soupçon. Ce n’est pas votre œuvre ou votre personne qui sont en cause, mais vos propos du 10 octobre 2015. Et s’il s’agit de mettre à contribution votre curriculum vitae, qui mieux qu’un historien de la Shoah connaît le poids et les conséquences de l’essentialisation d’un groupe et de sa réduction à une réalité biologique atavique? S’il y a bien une personne qui n’avait pas le droit de céder à ce type de stigmatisation, c’était bien vous.
Mais le plus grave dans cette affaire, c’est que vos propos servent la surenchère extrémiste qui électrise notre pays. La manipulation du thème du « Grand Remplacement » est aujourd’hui devenue le mantra de l’extrême-droite identitaire et le mécanisme de généralisation contre un groupe, ethnique ou religieux, est le carburant de ceux qui défendent le racisme. Dire que dans « les familles arabes », on tète l’antisémitisme « avec le lait de la mère », c’est produire, en plus du mensonge, de l’exclusion et du rejet. Non, il n’existe pas « d’antisémites de naissance ».
Dénoncer et combattre l’enracinement de la haine des Juifs dans le monde arabe n’est évidemment pas un tabou. La L.I.C.R.A le fait depuis des années et se dresse, avec la dernière énergie, contre ce fléau. Mais pour mener à bien ce combat, rien ne serait pire que de nous transformer en fauteurs d’injustice en assignant tous les arabes à une identité fondée sur l’antisémitisme et en cédant, pour reprendre les mots de Jaurès, « au mensonge triomphant qui passe ». Le faire, ce serait manquer gravement à la vérité et donner du crédit à une extrême-droite qui a fait de l’essentialisation une marque déposée dans les années trente en expliquant à nos concitoyens ce qu’était « le Juif », génétiquement assoiffé de pouvoir et biberonné à la domination capitaliste et financière du monde.
Il n’est pas possible d’anéantir l’antisémitisme que vous dénoncez à juste titre en faisant usage d’armes de destruction racistes.
En 1929, Lazare Rachline, co-fondateur de la L.I.C.A écrivait: « notre doctrine, c’est la conscience, notre programme, la justice ». La conscience, c’est qu’on ne combat pas l’antisémitisme sans combattre le racisme, comme on ne combat pas le racisme sans combattre l’antisémitisme. La justice, c’est de considérer que toutes les victimes de préjugés tenaces méritent le même traitement.
C’est au nom de cet idéal que je vous demande solennellement de dire, publiquement et clairement, que les propos que vous avez tenus le 10 octobre 2015 sur France Culture ne reflétaient pas votre pensée et de présenter des excuses, à celles et ceux, nombreux, notamment au sein de la Licra, que ces propos ont offensés.